Viser plus haut que soi : ce que les données disent de qui répond à qui
Vous écrivez à des profils qui vous plaisent vraiment, vous recevez peu de réponses, et vous vous demandez si vous visez trop haut ou si votre profil est mauvais. Des chercheurs ont analysé les échanges d’un site de rencontre américain très fréquenté. Leurs résultats décrivent un marché où, en moyenne, hommes et femmes écrivent à des personnes plus désirables qu’eux, et dont les règles sont plus nettes qu’on ne l’imagine.
Ce que montrent les données de Bruch et Newman
Bruch et Newman (2018) ont étudié les marchés de rencontres hétérosexuels de quatre grandes villes américaines, à partir des données d’un site gratuit très fréquenté. Ils décrivent une hiérarchie de désirabilité très marquée, qui varie avec les caractéristiques démographiques des utilisateurs et reste remarquablement semblable d’une ville à l’autre. Hommes et femmes écrivent, en moyenne, à des personnes environ 25 % plus désirables qu’eux selon la mesure des auteurs, construite à partir des données du site. Plus l’écart de désirabilité entre celui qui écrit et celui qui reçoit est grand, plus la probabilité d’obtenir une réponse baisse nettement. Les stratégies de message peuvent améliorer les chances d’attirer une personne plus désirable, mais l’effet est modeste.
Un autre travail, celui de Hitsch, Hortaçsu et Ariely (2010), sur un grand site de rencontre en ligne, a estimé les préférences des utilisateurs puis simulé les couples « stables » qui en résulteraient. Le modèle explique bien les couples formés sur le site. Les auteurs ont ensuite comparé ces préférences aux mariages observés hors ligne : ils retrouvent des schémas de tri semblables et concluent que, dans les mariages, les préférences plus que les frictions de la recherche expliquent une grande partie du tri selon divers critères. Il s’agit donc de deux constats distincts : les couples formés sur le site, et une extrapolation aux mariages.
Ce que ces résultats ne disent pas
Ils ne disent pas que les hommes visent trop haut : l’étude décrit le comportement des deux sexes. Ils ne disent pas non plus qu’un manque de réponses prouve que votre profil est mauvais, ni qu’il faille cesser d’écrire à qui vous plaît. La désirabilité y est une mesure construite à partir des données d’un site donné : elle ne dit rien de la qualité d’une personne ni de la valeur d’une relation possible. Les données de Bruch et Newman sont américaines, issues d’un site gratuit très fréquenté ; le résumé de Hitsch ne précise pas leur origine. Elles ne portent pas spécifiquement sur la France ni sur les plus de 35 ans : ce que disent les résumés ne permet pas d’en juger.
Ce que vous pouvez en faire
Notre lecture, que les études ne testent pas : si tous les utilisateurs écrivent d’abord aux profils les plus recherchés, ces profils peuvent recevoir plus de messages qu’ils n’en traitent, tandis que d’autres personnes, tout aussi intéressantes, en reçoivent peu. Le silence que vous rencontrez peut alors refléter ce marché plus que votre valeur.
- Répartissez vos envois. Sur dix premiers messages, adressez-en quelques-uns à des profils que vous trouvez très attirants, d’autres à des personnes qui vous intéressent sincèrement sans être la « cible » de départ. Vous comparerez ensuite les réponses. Il s’agit d’un test personnel, pas d’une règle.
- Élargissez par la substance. Plutôt que de regarder un peu plus bas dans la liste, relisez ce qui vous importe vraiment : projet, disponibilité, valeurs de vie. Notre article Préférence, condition indispensable ou habitude propose une méthode pour ce tri.
- Soignez ce que vous maîtrisez : vos messages. Bruch et Newman indiquent que des comportements stratégiques peuvent améliorer un peu les chances ; leur résumé ne précise pas lesquels, et nous n’en inventons pas. Pour affiner vos messages, notre article Messages sans réponses : comment faire ? donne des pistes.
- Faites le bilan sans vous juger. Un mois de réponses compte comme une information, non comme une note : voir Un mois sur les sites de rencontre : faire le bilan sans se noter.
Pour ceux qui cherchent à mieux comprendre les préférences de l’autre sexe, Comprendre les femmes pour sortir du célibat en précise les limites.
Les limites de ce que nous avons lu
Nous avons lu les résumés, pas les articles complets. Le résumé de Bruch et Newman ne précise ni l’âge des utilisateurs ni la taille de l’échantillon, nous ne donnons donc aucun chiffre sur ces points. Bruch et Newman portent sur quatre villes américaines, et Hitsch sur un site dont le résumé ne dit pas l’origine : ces études ne permettent pas de prévoir ce qui se passera pour vous avec une personne précise, ni d’affirmer que les mêmes écarts existent en France.
Si vous souhaitez un regard extérieur sur votre manière de chercher, la page méthode de Net Dating Assistant décrit l’accompagnement humain proposé aux célibataires qui cherchent une relation sérieuse.
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