Préférence, condition indispensable ou habitude : comment trier ses critères
« Elle doit aimer la randonnée, ne pas fumer, avoir fait des études, ne pas vouloir d’enfants. » Dans une seule phrase, deux goûts, une habitude et un projet de vie. Quand on dresse la liste de ce qu’on cherche, tout se retrouve au même niveau, alors que ces lignes n’ont ni le même poids ni la même fonction. Les travaux de psychologie sociale sur les « rédhibitoires » permettent de les distinguer plus clairement.
Ce que montre l’étude des rédhibitoires
Jonason et ses collègues (2015) ont conduit six études auprès de plus de 6 500 personnes, en séparant ce qui attire (les atouts) de ce qui fait renoncer (les rédhibitoires). Les rédhibitoires y apparaissent liés à des traits de personnalité jugés indésirables et à des modes de vie peu sains. Ils pèsent davantage quand on envisage une relation durable que lorsqu’on pense à une relation courte. Les participants accordent aussi plus de poids négatif à un rédhibitoire qu’ils n’accordent de poids positif à un atout. Le nombre de rédhibitoires déclarés varie selon les personnes et selon leur manière d’envisager les rencontres.
Cela suggère de ne pas traiter une liste comme un simple total de points. Un seul élément éliminatoire peut suffire à écarter quelqu’un, quel que soit le nombre de qualités notées. C’est pourquoi il vaut mieux savoir lesquels sont vraiment éliminatoires pour vous, et lesquels le sont par habitude.
Trois niveaux à séparer
Nous vous proposons de classer vos critères en trois colonnes. Cette grille est la nôtre : les études citées ici ne l’ont pas testée.
Respect et sécurité. Ce que vous n’accepteriez pas dans une relation, quelle que soit la personne : mensonge répété, violence, mépris, abus de substances qui met en danger. Ces points ne se négocient pas, et il est normal qu’ils soient courts.
Projet de vie. Vouloir ou non des enfants, avoir déjà des enfants, accepter de déménager, la place du travail, l’idée que chacun se fait de l’exclusivité. Ces points peuvent ne pas s’accorder même si tout le reste va bien. Ils méritent d’être posés tôt, avec simplicité, comme le montre notre article Compatibilité amoureuse : de quoi parler quand une relation commence ?.
Goûts et habitudes. Randonner, aimer l’opéra, ne jamais fumer, voyager l’été. Ils colorent la vie commune, mais une relation peut se construire sans eux. Beaucoup de ces lignes sont des préférences héritées de la dernière histoire, d’une idée de soi ou d’un entourage.
Un test pour classer une ligne douteuse : « Cette personne pourrait-elle me plaire profondément sans ce critère ? » Si la réponse est oui, c’est une préférence. Si vous pressentez que non, demandez-vous pourquoi, et mettez-la dans la colonne qui lui correspond.
Comment les critères peuvent évoluer avec les années
Driebe et ses collègues (2023) ont suivi 204 adultes, âgés en moyenne de 46 ans, pendant treize ans. Les idéaux restent assez stables d’un moment à l’autre (corrélation de rang de 0,42 en moyenne), mais certains évoluent, par exemple l’importance accordée au statut et aux ressources, en lien avec l’âge et la parentalité. Les participants n’ont perçu qu’en partie ces changements chez eux (corrélation de 0,20). Si vos critères datent de votre trentaine, vous avez de bonnes raisons de les relire.
Par ailleurs, on est souvent moins sélectif en pratique qu’en théorie. Joel, Teper et MacDonald (2014) ont proposé à des célibataires d’accepter ou de refuser les avances de personnes qui ne correspondaient pas à leurs préférences. Les participants se montraient significativement moins disposés à refuser quand ils croyaient la situation réelle que lorsqu’elle était hypothétique, en partie parce qu’ils ne voulaient pas blesser l’autre. Autrement dit, nos critères tiennent moins bien en situation réelle. Si un point est vraiment rédhibitoire pour vous, mieux vaut le décider à l’avance, calmement.
Enfin, les préférences listées sur le papier prédisent mal l’attirance pour une personne rencontrée : nous le détaillons dans Vos critères de partenaire idéal prédisent-ils vraiment qui vous plaira ?.
Un exercice en dix minutes
Prenez une feuille. Écrivez tout ce que vous voulez trouver chez quelqu’un, sans trier. Reportez ensuite chaque ligne dans l’une des trois colonnes. Relisez la dernière : pour chaque point, notez d’où il vient (une relation passée, un souvenir, une habitude de vie, ou une vraie conviction). Gardez la colonne « respect et sécurité » telle quelle, formulez la colonne « projet de vie » en questions que vous pourriez poser, et laissez la troisième colonne ouverte à la surprise. Vous obtenez une liste courte, utilisable pour choisir un site, lire un profil ou répondre à une proposition de rendez-vous. Pour la partie pratique des filtres, vous pouvez lire Organiser ses démarches de rencontre : filtres, listes et tableaux personnels.
Les limites de ce que nous avons lu
Nous avons lu les résumés, pas les articles complets. Les résultats de Jonason et coll. reposent sur des déclarations de participants, sans que le résumé précise leur pays ni leur âge. Aucune de ces études ne détermine un nombre idéal de critères, ni ne prouve qu’un tri par colonnes améliore les rencontres : c’est un outil de réflexion, pas une méthode validée. Les résumés ne permettent pas d’établir que ces résultats se transposent à des hommes français de plus de 35 ans.
Si vous souhaitez faire ce tri avec une personne plutôt que seul, la page méthode de Net Dating Assistant présente l’accompagnement humain proposé aux célibataires qui cherchent une relation sérieuse.
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