Vos critères de partenaire idéal prédisent-ils vraiment qui vous plaira ?
Vous avez une idée assez nette de la personne que vous aimeriez rencontrer. Elle partage votre goût des voyages, elle a un rapport serein au travail, elle prend soin d’elle, elle est à peu près de votre génération. Cette liste vous sert de filtre : vous lisez un profil, vous le comparez, vous écartez ou vous écrivez. Des chercheurs ont posé une question moins confortable à des célibataires réels : cette liste dit-elle vraiment qui vous attirera quand la personne sera devant vous ?
Les études lues pour cet article répondent avec nuance. Vos critères disent quelque chose de ce que vous pensez vouloir. Ils prédisent mal l’intérêt que vous éprouverez pour des personnes que vous rencontrez.
Ce que l’on déclare vouloir, et ce qui attire en situation réelle
Eastwick et Finkel (2008) ont fait décrire à des participants leur partenaire idéal avant un événement de speed-dating, puis ils ont mesuré leur intérêt pour les personnes réellement rencontrées. Avant la soirée, les participants déclaraient les différences classiques : plus d’importance accordée au physique du côté des hommes, aux perspectives de revenus du côté des femmes. Face à de vraies personnes, la relation entre l’intérêt ressenti et ces deux qualités ne différait pas selon le sexe. Surtout, les préférences notées avant l’événement n’ont pas prédit ce qui avait suscité le désir pendant l’événement. Les auteurs rappellent que nous avons une connaissance limitée de ce qui influence nos propres jugements.
Une méta-analyse de 97 études (Eastwick et coll., 2014) va dans le même sens. Le physique prédit l’évaluation romantique avec un effet moyen à fort (corrélation d’environ 0,40) pour les deux sexes, les perspectives de revenus avec un effet faible (environ 0,10), toujours pour les deux sexes. L’écart entre hommes et femmes sur ces corrélations est minime (0,03) et non significatif. Cela ne veut pas dire que la situation matérielle n’intéresse personne ni que le physique règle tout. Cela veut dire que, dans ces données, le physique pèse nettement plus que le revenu dans l’intérêt romantique, chez les deux sexes.
Les préférences déclarées existent bien
Ce constat ne contredit pas une autre grande étude. Walter et ses collègues (2020), dans 45 pays et auprès de 14 399 personnes, retrouvent des différences de préférences déclarées : les hommes disent préférer davantage des partenaires jeunes et attirants, les femmes des partenaires plus âgés avec de bonnes perspectives financières. Les deux résultats portent sur des objets différents. L’un mesure ce que l’on dit vouloir, l’autre ce qui provoque l’envie de revoir quelqu’un que l’on a rencontré.
La rencontre réinterprète les traits
Eastwick, Finkel et Eagly (2011) ont observé que des participants se montraient plus intéressés par un profil écrit correspondant à leurs idéaux. Après une interaction en direct avec la personne, cette différence avait disparu. Les auteurs l’expliquent par une réinterprétation : un trait n’a pas le même sens dans une liste et chez quelqu’un qui parle, rit ou hésite devant vous.
Une étude suivie sur sept mois (Eastwick et coll., 2022) a relevé l’intérêt romantique de 208 célibataires pour 1 065 partenaires potentiels. Elle ne trouve pas d’effet de la correspondance entre les idéaux d’une personne et les traits de l’autre. Les variables qui ressortent concernent surtout la perception de l’autre (le trouver attirant et excitant, percevoir son intérêt en retour) et des caractéristiques propres à chacun, comme le désir sexuel. Dans deux études de speed-dating (Joel, Eastwick et Finkel, 2017), des questionnaires remplis avant les rendez-vous ont expliqué une partie des tendances générales de chacun (de 4 à 18 % pour la tendance à désirer, de 7 à 27 % pour la tendance à être désiré), mais aucune combinaison de ces mesures n’a prédit le désir pour un partenaire précis, au-delà de ces tendances générales à désirer et à être désiré.
Le sujet n’est pas clos. Fletcher, Overall et Campbell (2020) répondent à Eastwick, Finkel et Simpson (2018) en défendant d’autres manières de tester le rôle des idéaux et en tirant des conclusions différentes. Il faut donc lire ces résultats comme un état du débat, pas comme un verdict.
Ce que vous pouvez en faire
Nous vous proposons une distinction, que les études ne testent pas sous cette forme. Une partie de votre liste décrit des conditions de vie : désir ou non d’enfants, distance, disponibilités, intention de construire. Ces points se vérifient par une question et ne dépendent pas d’une impression. L’autre partie décrit des impressions : élégant, pétillant, « dans mon style ». Les études ci-dessus portent sur l’intérêt pour des personnes réelles et ne testent pas cette séparation : c’est notre hypothèse que cette seconde partie est la plus difficile à anticiper.
Un exercice court. Notez les trois ou quatre personnes qui vous ont le plus attiré ces dernières années, sans vous limiter aux histoires abouties. Comparez avec votre liste. Exemple construit : un homme de 44 ans écrit « sportive, cadre, sans enfants », alors que les deux dernières personnes qui l’ont touché étaient une enseignante qui lisait beaucoup et une artisane indépendante. Cet exemple ne montre pas que sa liste est fausse. Il montre qu’elle décrit peut-être ce qu’il pense devoir demander plus que ce qui l’atteint.
Gardez ensuite vos conditions de fond et assouplissez vos impressions de départ : un premier café avec quelqu’un qui sort un peu de la grille n’engage à rien et ne change pas vos conditions de fond. Pour trier les deux catégories, notre article Préférence, condition indispensable ou habitude propose une méthode.
Les limites de ce que nous avons lu
Nous avons lu les résumés de ces études, pas les articles complets. Plusieurs portent sur des événements de speed-dating ou des expériences organisées pour la recherche. Ni les résumés ni notre lecture ne permettent de dire qu’elles s’appliquent telles quelles à des hommes français de plus de 35 ans. Elles ne disent pas non plus si une relation née d’un coup de cœur dure plus ou moins longtemps qu’une relation née d’un intérêt progressif : d’après leurs résumés, aucune de ces études ne compare ces deux cas.
Si vous préférez réfléchir à vos critères avec une personne plutôt que seul, la page méthode de Net Dating Assistant décrit l’accompagnement humain proposé aux célibataires qui cherchent une relation sérieuse.
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