Se ressembler ou se compléter : ce que la recherche dit de la ressemblance en amour
« Qui se ressemble s’assemble », dit un proverbe. « Les contraires s’attirent », dit un autre. Quand vous lisez un profil, vous avez sans doute déjà vérifié, sans y penser, si la personne vous ressemble : même goût du voyage, même rapport au travail, même rythme de vie. La recherche en psychologie sociale s’est posé la question de façon plus précise. Se ressembler vraiment compte-t-il, ou seulement le sentiment de se ressembler ?
La ressemblance attire, mais laquelle ?
Montoya, Horton et Kirchner (2008) ont réuni 460 effets issus de 313 recherches, en laboratoire et sur le terrain. Dans ces travaux, l’attirance est associée à la ressemblance réelle (corrélation de 0,47) comme à la ressemblance perçue (0,39), deux associations qualifiées de significatives et fortes. Les auteurs relèvent une nuance. La ressemblance réelle compte quand les personnes n’ont pas interagi ou ont peu interagi. Son effet diminue ensuite et, dans les relations déjà installées, il n’est plus significatif. La ressemblance perçue, elle, prédit l’attirance dans les trois situations, y compris dans les relations existantes.
Tidwell, Eastwick et Finkel (2013) ont testé cela en situation de première rencontre. Des participants à un événement de speed-dating ont rencontré une douzaine de personnes de sexe opposé, quatre minutes chacune. Les chercheurs ont calculé la ressemblance réelle avec des questionnaires remplis avant l’événement, et la ressemblance perçue avec des questionnaires remplis après chaque rencontre. Résultat : seule la ressemblance perçue prédisait le fait d’aimer la personne. Détail utile : la ressemblance perçue prédisait beaucoup moins bien l’attirance quand elle portait sur des traits précis plutôt que sur une impression générale.
Autrement dit, dans ce contexte, ce qui joue ressemble moins à un inventaire de points communs qu’à une impression : « cette personne est comme moi ».
Et une fois en couple ?
Les travaux sur des couples installés relativisent le poids de la ressemblance de personnalité. Dyrenforth et ses collègues (2010), sur trois grands échantillons de personnes mariées (Australie, Royaume-Uni, Allemagne), trouvent que la ressemblance de personnalité du couple expliquait moins de 0,5 % de la variance de la satisfaction dans la relation et dans la vie, une fois pris en compte les effets propres à chacun des deux partenaires. Notre article Compatibilité amoureuse : de quoi parler quand une relation commence ? détaille déjà ce résultat et ses limites.
Une autre piste existe. Gonzaga, Campos et Bradbury (2007) ont mesuré, lors d’échanges en laboratoire, la ressemblance de personnalité et d’émotions de couples qui se fréquentaient (première étude), puis ont suivi des jeunes mariés pendant un an (seconde étude). Selon leur résumé, la ressemblance des émotions vécues pendant leurs échanges faisait le lien entre ressemblance de personnalité et qualité de la relation. Cette étude ne dit pas que se ressembler suffit. Les auteurs proposent que la ressemblance de personnalité aide la relation en favorisant des émotions partagées. Cette lecture reste une hypothèse issue de ces deux études.
Et les contraires qui s’attirent ?
Nous n’avons pas de réponse vérifiée. Les études que nous avons lues ne portent pas sur la complémentarité, et nous ne voulons ni confirmer ni démentir l’idée que les opposés s’attirent. Les études ci-dessus ne disent ni que la différence nuit, ni qu’elle aide. Elles disent que la ressemblance perçue joue un rôle précoce, et que la ressemblance de personnalité mesurée explique peu de la satisfaction dans un couple installé.
Ce que vous pouvez en faire
Voici une démarche à nous, qu’aucune étude n’a testée. Quand quelqu’un vous plaît parce qu’il vous « ressemble », demandez-vous sur quoi repose cette impression : trois indices lus dans un profil, une conversation, une photo ? Notez ensuite deux ou trois points sur lesquels vous croyez vous ressembler, puis vérifiez-les lors de la première ou de la deuxième rencontre, par des questions ouvertes (« Comment passes-tu un samedi qui te plaît vraiment ? »), sans interrogatoire. Vous distinguerez ainsi ce que vous avez constaté de ce que vous avez supposé. Cela rejoint ce que montre notre article Pourquoi, en savoir plus sur quelqu’un, c’est parfois l’apprécier moins, qui montre qu’en apprendre davantage sur quelqu’un peut modifier l’appréciation que l’on en a.
Le point sur les critères de départ est repris dans Vos critères de partenaire idéal prédisent-ils vraiment qui vous plaira ?.
Les limites de ce que nous avons lu
Nous avons lu les résumés, pas les articles complets. La méta-analyse de Montoya et coll. regroupe des travaux très variés et ne dit pas, d’après son résumé, dans quels pays ni auprès de quels âges. L’étude de Tidwell et coll. porte sur des événements de speed-dating. Aucune de ces études ne dit si un couple formé sur une forte ressemblance perçue dure plus longtemps qu’un autre, et aucune ne porte spécifiquement sur des hommes de plus de 35 ans.
Si vous préférez réfléchir à ces impressions avec une personne plutôt que seul, la page méthode de Net Dating Assistant décrit l’accompagnement humain proposé aux célibataires qui cherchent une relation sérieuse.
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