Pourquoi, en savoir plus sur quelqu’un, c’est parfois l’apprécier moins
Les premiers messages sont agréables. Après quinze jours, vous avez l’impression de connaître la personne, ses horaires, ses goûts de lecture, sa manière de parler de ses frères et sœurs. Puis, avant même de vous voir, l’envie retombe. On en conclut volontiers qu’on a eu raison d’interroger longuement avant de se déplacer. Une série d’expériences invite à une lecture moins confortable : en savoir plus ne fait pas toujours aimer davantage.
« Moins, c’est plus » : ce qu’ont observé Norton, Frost et Ariely
Norton, Frost et Ariely (2007) partent d’un constat simple. Les gens croient que mieux connaître quelqu’un augmente la sympathie. Leurs expériences montrent qu’en moyenne, l’inverse se produit : plus on apprend de choses sur une personne, moins on l’apprécie. Le flou laisse de la place à la sympathie, la familiarité peut l’user. Ils l’ont observé en laboratoire, puis auprès d’utilisateurs de sites de rencontre, avant et après un premier rendez-vous.
Le mécanisme proposé tient à la dissemblance. Dès qu’on rencontre un signe de différence, les informations suivantes ont plus de chances d’être lues comme de nouvelles preuves de différence. Exemple construit : vous apprenez qu’elle ne fait pas de sport, puis qu’elle déteste les voyages organisés, puis qu’elle se couche tôt. Chaque détail pèse peu. Mis bout à bout, ils composent l’image d’une personne qui ne vous ressemble pas, alors que vous n’avez pas encore passé une heure ensemble.
La lecture à distance et la rencontre ne jugent pas les mêmes choses
Un autre travail va dans le même sens. Dans les expériences d’Eastwick, Finkel et Eagly (2011), les participants s’intéressaient davantage à un profil écrit qui correspondait à leurs idéaux. Après une interaction en direct, cet effet de correspondance avait disparu. Les auteurs l’attribuent à une réinterprétation des traits : sur le papier, « aime le calme » est une étiquette, en face de vous, c’est une manière d’être.
Pour un lecteur qui manque de temps, cela a un coût concret. Trois semaines de messages pour constater qu’il n’y a pas d’étincelle représentent trois semaines pendant lesquelles vous auriez pu rencontrer d’autres personnes. L’écrit sert à vérifier des conditions de fond. Il juge mal une présence.
Ce que ces études ne disent pas
Elles ne disent pas qu’il faut rester dans le flou, ni cacher ce qui compte. Une information qui engage votre projet, comme un désir d’enfant, une contrainte de lieu ou une intention, doit être dite à temps. Dissimuler ne serait ni honnête ni utile, car la dissemblance qui compte réapparaîtra tôt ou tard. Elles ne fixent pas non plus un nombre de messages ou de jours à respecter : le résumé de l’étude de Norton et coll. n’en donne aucun. Enfin, elles décrivent des moyennes, pas ce que vous vivrez avec une personne précise.
Trois usages possibles de l’échange écrit
Ces propositions sont les nôtres. Aucune étude ne les a testées telles quelles.
Décider à quoi servent les messages. Écrivez en deux lignes ce que cet échange doit établir : l’intention de chacun, la distance, les soirées possibles, la situation familiale. Une fois ces points clairs, les messages ont rempli leur rôle.
Garder le reste pour la rencontre. L’humour, la façon de raconter, la présence se jugent mieux en face. Inutile de vérifier à l’écrit vos goûts de lecture ou de cinéma, vous risquez surtout d’y trouver des écarts qui n’en seraient pas devant un café.
Proposer une rencontre simple. Quand les conditions de fond sont compatibles, un café ou une promenade d’une heure vaut mieux qu’une attente de « savoir assez ». Choisissez un lieu public et prévenez un proche : ce sont des précautions de bon sens, pas un résultat de ces études. Pour la suite, notre article Première rencontre : 5 conseils pour ne pas être déçu revient sur l’idéalisation de l’autre, et Sites de rencontre : que travailler, du choix de l’application au premier rendez-vous détaille le passage au premier rendez-vous.
Un exercice avant votre prochaine réponse : demandez-vous ce que ce message doit encore établir. S’il ne reste rien à vérifier, c’est peut-être le moment de proposer de vous voir. L’article Vos critères de partenaire idéal prédisent-ils vraiment qui vous plaira ? prolonge cette idée du côté des critères.
Les limites de ce que nous avons lu
Nous avons lu les résumés, pas les articles complets. Le résumé de Norton et coll. ne précise ni le pays ni l’âge des utilisateurs de sites de rencontre interrogés, ni la taille des échantillons. Ces expériences ne disent pas quelle durée d’échange est la meilleure, et elles ne démontrent pas qu’une rencontre précoce mène à une relation plus solide. Elles invitent seulement à ne pas supposer qu’une longue conversation écrite protège de la déception.
Si vous préférez avancer avec l’appui d’une personne plutôt que de gérer seul ces échanges, la page méthode de Net Dating Assistant présente l’accompagnement humain proposé, du profil aux premiers messages.
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