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D'où vient le concept de dating assistant ? De Tim Ferriss à Net Dating Assistant

Vous avez passé la soirée sur un site de rencontres. Quelques profils vous plaisent, vous avez envoyé des messages, une conversation semble bien partie. Mais aucun rendez-vous n’est fixé. Le lendemain, il faudra reprendre les échanges, vérifier les réponses et recommencer ailleurs si le contact s’éteint.

Le métier de dating assistant s’occupe précisément de cet espace entre l’inscription et la rencontre : aider un célibataire à préparer son profil, rechercher des personnes correspondant à ses attentes et, selon la prestation, prendre en charge les premiers échanges. Les archives de la fin des années 2000 permettent de suivre plusieurs expérimentations de délégation et services spécialisés, sans établir une date de naissance unique du métier. Tim Ferriss en fournit un exemple marquant. Aux États-Unis, Virtual Dating Assistants est documenté dès 2009. En France, Net Dating Assistant apparaît en 2011.

Avant le rendez-vous, tout un travail

Une inscription donne accès à des profils. Elle ne résout pas les questions qui suivent : quelles photos choisir ? Comment parler de soi sans écrire une annonce interchangeable ? À qui adresser un message, et lequel ? À quel moment proposer de se voir ?

Pour un homme qui reçoit peu de réponses, l’effort peut sembler disproportionné. Les messages partent, les retours arrivent au compte-gouttes et le doute s’installe. Faut-il changer sa présentation, mieux choisir ses interlocutrices ou simplement patienter ? Le silence ne permet pas toujours de savoir ce qui coince.

Une enquête du Pew Research Center apporte un éclairage sur ce vécu. Parmi les hommes américains ayant utilisé un site ou une application de rencontres au cours de l’année écoulée, 64 % disent avoir ressenti, souvent ou parfois, un manque d’assurance lié au nombre insuffisant de messages reçus, contre 40 % des femmes. L’enquête a été menée en juillet 2022 et publiée en février 2023. Ce résultat décrit une expérience américaine récente à la date de l’enquête, pas celle de tous les hommes ni une mesure française. [1]

Les difficultés féminines ne sont pas pour autant secondaires : dans la même enquête, 54 % des utilisatrices récentes disent s’être senties submergées par le nombre de messages reçus, contre 25 % des hommes. Peu de réponses d’un côté, trop de sollicitations de l’autre : le volume seul dit peu de la possibilité de rencontrer quelqu’un qui vous corresponde.

Un rendez-vous de qualité suppose au moins une envie réciproque de se voir et des attentes suffisamment compatibles pour que la rencontre ait du sens. Cela demande du discernement, pas seulement de multiplier les messages. C’est une partie de ce travail préparatoire que les dating assistants proposent de prendre en charge.

Tim Ferriss expérimente la délégation de ses rencontres

Tim Ferriss, l’auteur de La semaine de 4 heures, a poussé une idée de délégation jusque dans sa vie amoureuse : pourrait-on confier à des assistants la préparation de rendez-vous, plutôt que de passer soi-même des heures sur les sites ?

Le 12 juillet 2009, il renvoie depuis son blog officiel à une vidéo intitulée How to Tim Ferriss Your Love Life. Il y présente explicitement une expérience dans laquelle il a délégué ses rencontres. [2]

Dans le billet accompagnant cette vidéo, il explique avoir utilisé Elance, une plateforme de freelances, pour trouver des équipes dans plusieurs pays, notamment en Jamaïque, aux Philippines et en Inde. Ces équipes avaient pour mission de lui obtenir des rendez-vous autour d’un café. Il rapporte plus de vingt rendez-vous sur un week-end et une relation ayant duré dans le temps. Il s’agit de son récit personnel, pas d’une étude ni d’un résultat que l’on pourrait promettre à d’autres. [3]

L’expérience a quelque chose de provocateur. Elle applique à la recherche amoureuse une méthode habituellement associée au travail : définir ce que l’on cherche et confier des tâches à des personnes capables de les exécuter.

Elle permet surtout de distinguer deux moments. En amont, il faut trouver des profils, engager un contact et organiser un rendez-vous. Puis vient la rencontre, avec une personne que personne ne peut apprendre à aimer à votre place. C’est sur la première partie que porte la délégation.

Il serait toutefois inexact de présenter Ferriss comme l’inventeur incontestable du dating assistant. Les sources consultées documentent son expérimentation et l’existence de services commerciaux à la même période. Elles n’établissent pas qu’il serait à l’origine de toutes ces entreprises.

Aux États-Unis, Virtual Dating Assistants propose un service spécialisé

Le 5 juin 2009, TechCrunch consacre un article à VirtualDatingAssistants.com. La journaliste Leena Rao y décrit un service destiné aux hommes actifs qui souhaitent déléguer leur utilisation des sites de rencontres. Elle cite deux cofondateurs, Mark Anderson et Scott Valdez. [4]

Le fonctionnement présenté comprend la création du profil, la recherche sur des sites comme Match.com et eHarmony, les échanges avec les personnes sélectionnées et la préparation des rendez-vous. L’assistance ne se limite donc plus à améliorer une annonce : elle accompagne le chemin qui mène jusqu’à une rencontre.

Le nom est trompeur pour un lecteur d’aujourd’hui : « virtual » ne désigne pas ici un assistant d’intelligence artificielle. L’article de 2009 décrit des personnes qui travaillent à distance pour leurs clients.

Cette archive rappelle aussi que le concept précède la généralisation des applications de rencontre sur smartphone. Le besoin de déléguer n’est pas né avec le geste de faire défiler des profils. Il existait déjà sur les sites consultés depuis un ordinateur.

En France, Net Dating Assistant apparaît en 2011

Une archive française permet de retrouver les débuts de Net Dating Assistant sans reconstruire l’histoire après coup. Un communiqué publié le 2 novembre 2011 sur 24presse, signé Vincent Fabre, annonce le lancement du service auprès des célibataires utilisateurs de sites de rencontres. [5]

Le texte décrit des personnes actives qui souhaitent rencontrer quelqu’un sans consacrer leur temps libre aux préparatifs derrière un écran. Il énumère des prestations allant du choix du site et des photos à la rédaction de l’annonce, puis à la recherche et aux premiers messages.

Cette source est un communiqué de l’entreprise, pas une enquête indépendante. Elle atteste néanmoins que Net Dating Assistant présentait déjà en 2011 un accompagnement humain sur les sites de rencontres. Les tarifs, garanties ou statistiques éventuellement cités dans les archives ne décrivent pas les offres actuelles.

La méthode présentée aujourd’hui par Net Dating Assistant conserve cette articulation : apprendre à connaître le célibataire, travailler sa présentation et l’aider à aller vers des rencontres correspondant à ses critères. Cette page présente également une activité de conseil, de coaching et de formation. [6]

Déléguer les premiers pas, avec quelles limites ?

Dès 2009, l’article de TechCrunch pose une objection : que ressentirait-on en découvrant que les premiers messages ont été rédigés par un intermédiaire ? La question fait donc partie de l’histoire du métier, autant que le gain de temps recherché.

Un accompagnement doit être discuté concrètement : qui écrit, quelles informations sont utilisées, que valide le client et à quel moment reprend-il directement l’échange ? La transparence envers les personnes contactées mérite aussi d’être abordée. L’accord du client ne répond pas, à lui seul, à toutes les questions de confiance soulevées par cette pratique.

Choisir des photos fidèles ou aider quelqu’un à mieux se présenter ne devrait pas conduire à lui inventer une personnalité. Le rendez-vous mettra de toute façon les deux personnes face à face, avec leurs envies et leurs hésitations.

L’histoire du dating assistant raconte ainsi une tentative de résoudre un problème très concret : consacrer moins d’énergie à chercher et davantage à rencontrer. Les archives américaines de 2009 et françaises de 2011 illustrent plusieurs façons de déléguer une partie de ces préparatifs. Le choix de poursuivre une relation reste celui des personnes qui se rencontrent.

Sources

  1. Pew Research Center, « Key findings about online dating in the U.S. », 2 février 2023. Enquête menée du 5 au 17 juillet 2022 auprès de 6 034 adultes américains ; les chiffres cités concernent le sous-groupe ayant utilisé les plateformes au cours de l’année écoulée.
  2. Tim Ferriss, « Going to China, Language Reactivation, and Other Mischief », 12 juillet 2009. Billet officiel renvoyant à son expérience de délégation des rencontres.
  3. « How to Tim Ferriss Your Love Life », 12 juillet 2009. Billet et récit de l’expérience, reliés depuis le blog officiel.
  4. Leena Rao, TechCrunch, « VirtualDatingAssistants.com Lets You Outsource Your Online Dating Life », 5 juin 2009.
  5. « Le site internet qui drague à votre place », communiqué Net Dating Assistant signé Vincent Fabre, 24presse, 2 novembre 2011.
  6. Net Dating Assistant, « La méthode Net Dating Assistant ». Présentation du service consultée pour cet article ; ses chiffres commerciaux ne sont pas repris ici.

Repères historiques

2009 : expérience de Tim Ferriss et service américain Virtual Dating Assistants.

2011 : lancement de Net Dating Assistant en France.